« Ça ne se voit pas »

Heike Spreter-Krick a été victime d'un sepsis potentiellement mortel durant l'été 2021, dans un alpage des montagnes d'Uri. Cette Allemande vit encore aujourd'hui avec les séquelles de cette maladie et s'engage en faveur d'une meilleure sensibilisation du public et d'un meilleur suivi des personnes touchées.

Texte : Andrina Sarott | Photo : Marion Vogel | 07.01.2026
En 2021, Heike Spreter-Krick a survécu à un sepsis potentiellement mortel dans un alpage du canton d'Uri et s'engage depuis lors en faveur d'une meilleure sensibilisation.

En 2021, Heike Spreter-Krick occupait le poste de responsable des ventes d’un chapiteau de l’Oktoberfest à Munich. En raison de la pandémie, l’événement a été annulé et elle s’est retrouvée en chômage partiel à 100 %. « Je suis une personne très active : ne rien faire m’a rendue folle. » Elle a démissionné et s’est mise en quête d’un emploi qui ait du sens et présente un faible risque de contamination.

Cette passionnée de montagne avait déjà travaillé à plusieurs reprises dans des alpages. En juillet 2021, elle s’est à nouveau installée pour l’été dans un alpage situé à 1 800 mètres d’altitude dans les montagnes d’Uri, où elle était chargée de la fabrication du fromage. « Je me suis dit : là-haut, je suis en sécurité. Presque personne, peu de risque de contamination. » Le temps était humide et froid, un rhume semblait presque inévitable.

Depuis son adolescence, elle savait qu’elle était un peu plus sensible aux infections : à 16 ans, elle avait perdu sa rate à la suite d’un cancer. « J’ai très bien vécu sans rate pendant 35 ans. »

Du malaise à l'urgence

Après quatre semaines passées à l’alpage, Mme Spreter-Krick a soudainement ressenti, un jeudi matin, d’extrêmes difficultés à avaler. « La douleur était si intense que j’aurais voulu pouvoir désactiver mon réflexe de déglutition. » La nuit suivante, elle a été prise de violents frissons, une sensation qu’elle n’avait encore jamais éprouvée. Malgré le poêle à bois, la bouillotte et plusieurs couvertures, elle avait constamment froid et restait alitée.

Samedi, elle a essayé de se lever, de manger un peu, de boire et d’aller chercher du bois. Mais soudain, elle a ressenti de vives douleurs dans le haut du bras gauche, et sa jambe gauche a cessé de la porter. « Je me suis traînée à quatre pattes jusqu’à la pièce voisine pour aller chercher du bois », raconte-t-elle. « Mais je n’y suis pas parvenue. Je suis retournée au lit en rampant et, à partir de là, je ne me souviens plus de rien. »

Lorsque Mme Spreter-Krick a cessé de réagir, le fermier a alerté la Rega. Les secouristes l’ont trouvée désorientée et inconsciente. Son dossier médical d’urgence, qu’elle emporte toujours avec elle, n’a pas pu être retrouvé dans la confusion. La médecin de la Rega l’a admise à l’hôpital de Lucerne avec un soupçon de sepsis. Son mari a immédiatement fait le voyage depuis l’Allemagne. À son arrivée, elle se trouvait déjà en soins intensifs.

Avoir échappé de peu à l'amputation

Les examens ont révélé un sepsis à streptocoques. Les bactéries avaient pénétré dans la circulation sanguine et s’étaient fixées sur les valves cardiaques. De plus, Mme Spreter-Krick a subi plusieurs accidents vasculaires cérébraux et des nécroses s’étaient formées au niveau de ses pieds. « On m’a dit par la suite que l’équipe soignante avait envisagé, le lundi suivant, d’amputer mes deux jambes, ce dont je n’avais heureusement presque pas eu conscience », raconte Mme Spreter-Krick.

Elle a passé cinq jours au total en soins intensifs, puis cinq semaines dans le service de cardiologie. Elle a dû subir trois interventions chirurgicales au niveau des pieds et des genoux afin d’éliminer les liquides infectés. Elle a ensuite passé deux semaines dans une clinique à Munich, puis a suivi une rééducation de plus de sept semaines. Pendant cette période, elle a réappris à marcher seule et a travaillé à retrouver sa force.

Qu'est-ce que le sepsis ?

Le sepsis est une urgence médicale potentiellement mortelle qui survient lorsque la réaction de défense de l’organisme face à une infection endommage ses propres tissus et organes. Sans dépistage et traitement précoces, il peut évoluer rapidement, entraîner une défaillance multiviscérale et un choc septique, et avoir une issue fatale. À l’échelle mondiale, le sepsis figure parmi les causes les plus fréquentes de mortalité et de morbidité évitables.

Un quotidien aux frontières invisibles

De nombreuses séquelles du sepsis affectent encore aujourd’hui Heike Spreter-Krick. Sa fonction cardiaque est altérée ; elle ressent des douleurs, un engourdissement et des troubles de la sensibilité dans les pieds, et il lui manque le bout du petit orteil gauche. « Je suis reconnaissante que mes jambes aient pu être sauvées. » Une atteinte nerveuse (polyneuropathie) et une paralysie musculaire au niveau de la cuisse gauche rendent la marche et la montée des escaliers difficiles. Les AVC ont entraîné des problèmes de concentration et de mémoire. « On ne le voit pas », explique l’ancienne responsable marketing. « J’ai donc souvent l’impression de devoir me justifier. »

Les conséquences restent à vie

Aux limitations physiques s’ajoute la crainte constante des infections dans la vie quotidienne, ce qui restreint la vie sociale. « La phase aiguë est terminée, mais les séquelles dureront toute la vie. » Sur le plan professionnel aussi, beaucoup de choses ont changé. Mme Spreter-Krick ne peut plus travailler et doit demander en Allemagne une pension pour incapacité partielle de travail (pension d’invalidité). « J’ai toujours été une personne très dynamique. Après le sepsis, j’ai réalisé à quel point elle m’avait fait reculer – physiquement, psychologiquement et financièrement. »

Elle trouve du réconfort auprès de son mari et de sa famille. Pendant son séjour à l’hôpital de Lucerne, Mme Spreter-Krick admirait chaque jour le Pilate depuis sa fenêtre. « J’ai dit à mon mari : “Dans un an, nous monterons là-haut.” » Un an plus tard, c’est exactement ce qu’ils ont fait, et ils ont même redescendu dans la vallée en parapente. « C’était une sensation formidable. » Son nouvel objectif : gravir à nouveau une montagne à pied, un jour.

Engagement envers les personnes concernées

Avant sa maladie, Mme Spreter-Krick ne connaissait pratiquement pas le terme « sepsis ». Bien qu’elle disposât d’une fiche d’urgence spécifique en raison de l’absence de rate, un état appelé « asplénie », elle n’avait pas conscience de l’ampleur de l’augmentation de son risque. « Je me demande parfois si j’aurais agi différemment si j’avais su cela. »

Après son rétablissement, l’auteure a écrit le livre « Überlebenskampf Sepsis » (La lutte pour la survie face au sepsis) afin de mettre de l’ordre dans ses expériences. Le site web qu’elle avait créé à cette fin est devenu une plateforme d’information proposant des conseils aux personnes touchées et à leurs proches. C’est ainsi qu’est né le « Sepsishelden Club », un espace protégé dédié aux échanges et au soutien mutuel entre les survivantes de sepsis. À l’avenir, cet espace bénéficiera de l’accompagnement professionnel d’un médecin intensiviste, qui veillera à la qualité des contenus sans toutefois exercer d’activité thérapeutique ni de conseil.

C’est grâce à cet engagement que Heike Spreter-Krick a fait la connaissance de Mariah McKimbrough, de la Deutsche Sepsis-Stiftung. Ensemble, elles ont lancé en septembre le podcast « Aftershock still aLive » et ont fondé l’association « Team Stop Sepsis e.V. », qui vise à renforcer la sensibilisation et le suivi médical. « Plus le sepsis est connu, plus il est détecté rapidement et plus nous pouvons éviter de souffrances. »

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